Médias et littérature : Histoire, théories, méthodes

L’ouverture des disciplines littéraires aux questions médiatiques, depuis une quarantaine d’années, a permis de renouveler l’histoire de la littérature et les perspectives critiques. Démêler et situer les apports du mediatic turn, s’il faut l’appeler ainsi, est l’objet de ce séminaire. Médium(s), média(s) : nous commencerons par des définitions, en posant avec Bernard Vouilloux que les deux notions ressortissent à deux « paradigmes distincts » : le médium, soit tout support de l’inscription du sens, avec ou sans visée esthétique ; les médias, soit, par ordre d’entrée sur scène, du XVIIe au XXIe siècle, la presse, l’affiche, la radio et le cinéma, la télévision, l’internet et les médias sociaux, et probablement la production vidéoludique en ligne.

Nous commencerons prudemment, sur le versant des médias et donc de la médiatisation, par étudier la culture médiatique ou les « médiacultures » en les situant dans leur histoire, et dans ce que cette histoire a en commun avec la littérature. Nombreux ont été les apports dans ce domaine : les travaux consacrés par les dix-neuviémistes à la « littérature au quotidien » et plus généralement à « la civilisation du journal » ; les recherches en « radiolittérature », qui ont, entre autres bénéfices, relancé l’intérêt pour l’oralité littéraire et la « littérature-discours » ; de manière encore plus évidente, car lié à notre propre moment hypermédiatique et à l’approfondissement du capitalisme culturel, les renouvellements théoriques associés au développement des univers fictionnels en narration multi-modale (livre, film, série, jeu vidéo, bande dessinée, à l’image de Matrix ou de Game of Thrones).

C’est aussi parce que de telles offres culturelles se sont acclimatées que l’intérêt savant s’est accru à l’égard des productions médiatiques et sérielles. En dépit des incertitudes notionnelles persistantes – liées à la multiplication des propositions théoriques – concernant l’intermédialité et la transmédialité, nous ferons le point sur la dynamique de ces approches interdisciplinaires : l’accent porté par les études intermédiales sur les relations entre les supports, les médias et les genres, mais aussi sur la matérialité de l’expression artistique et littéraire, et donc sur les dispositifs sensibles dont l’expérience culturelle n’est pas séparable et ce, depuis toujours ; le remembrement de la narratologie classique par les études transmédiales, plus expressément liées à l’analyse des industries culturelles contemporaines et de leurs stratégies coordonnées, et particulièrement attentives à la dimension participative et interactive des nouveaux récits.